22/07/2008Mœurs de la civilisation perfectionnée
Mesdames, messieurs,
Nous vous souhaitons la bienvenue au Festival d'Aix-en-Provence.
Le concert va commencer dans quelques instants.
N'oubliez pas d'éteindre vos téléphones portables ni d'évacuer votre enfant de la voiture.
Bonsoir !
21/07/2008Catholikon
Une correspondante dépressive m'a envoyé cette coupure de journal (un quotidien des Pays de Loire, apparemment) :
Croire en Dieu est compatible avec la croyance aux extraterrestres, selon le directeur de l'observatoire du Vatican José Gabriel Funès, qui envisage même l'existence d'une planète habitée par des êtres qui n'auraient pas commis le péché originel. « Comme astronome je continue à croire que Dieu est le créateur de l'univers », expliquait hier le père Funès. Il suggère qu'on parle alors de « notre frère extraterrestre ».
Le jésuite avance également que « si d'autres êtres intelligents existent, il n'est pas dit qu'ils ont besoin de la rédemption ». Peut-être « sont-ils restés dans la pleine amitié avec leur Créateur ».
19/07/2008Pour des raisons légales de protection des mineurs, cet article n'est accessible qu'aux inscrits. Vous pouvez vous identifier si vous êtes inscrit, ou vous inscrire si vous êtes majeur. 27/06/2008Hercule dans son domestique
Bon, d'abord levons toute équivoque : le titre renvoie à une expression vieillotte mais parfaitement décente, n'allez pas imaginer je ne sais quoi. De toute façon, même avec mes gens, je n'entre jamais sans frapper (oh oui… encore !).
Bien. Ceci étant dit, je tiens à signaler que si certains mangent leur chapeau, moi je le lave.
Ou plutôt je viens de le laver, au savon de Marseille et à l'eau chaude, ce chapeau de paille presque d'Italie (je l'avais acheté à Nice). Il dégoutte en ce moment, paisible et résigné, et vaguement difforme. J'en chialerais presque, tiens. C'est peut-être une catastrophe, on verra, mais après tout il a déjà essuyé un orage dantesque dans les Pyrénées, il en a vu d'autres.
Mais quelle idée barrrroque de laver un chapeau, me direz-vous ! Mais c'est qu'une barbare étoile m'a fait sujet à des écoulements abondants, y compris pour la sueur, alors forcément, à force…
Hmmmmpf !
Prochain bulletin de santé (ou obituaire) dimanche.
Affaires familiales
Eh bien! n'en parlons plus. Obéissez, cruelle,
Et cherchez une mort qui vous semble si belle.
Portez à votre Père un coeur où j'entrevoi
Moins de respect pour lui, que de haine pour moi.
Une juste fureur s'empare de mon âme:
Vous allez à l'Autel, et moi, j'y cours, Madame.
Si de sang et de morts le ciel est affamé,
Jamais de plus de sang ses Autels n'ont fumé.
À mon aveugle amour tout sera légitime.
Le Prêtre deviendra la première Victime.
Le bûcher, par mes mains détruit et renversé,
Dans le sang des bourreaux nagera dispersé.
Et si dans les horreurs de ce désordre extrême
Votre Père frappé tombe, et périt lui-même,
Alors, de vos respects voyant les tristes fruits,
Reconnaissez les coups, que vous aurez conduits.
Tranche de vit
— Ah, bonjour, monsieur Hercule ! Ça fait un moment qu'on vous avait pas vu…
— Bonjour, madame ***. Ben pourtant j'étais bien là :-)
— Oh c'est vrai qu'on ne vous entend pas, vous au moins. Enfin, si… toujours votre musique, mais bon, c'est de la musique, de la vraie… enfin, vous comprenez ce que je veux dire !
— Vous n'êtes pas partie chez votre fille ?
— Oh, pensez… elle m'invite quand elle a besoin de moi pour garder les petites, mais sinon… Qu'est-ce qu'il faut faire, hein ? C'est comme ça, moi je dis toujours : c'est comme ça, on fait avec, et voilà…Et puis pour me trouver à table en face de mon gendre, merci bien ! Vous voulez pas me prêter quelques disques à vous, il faudrait le dégrossir un peu… Mais non, je plaisante, ne faites pas cette tête ! Ha, vous me faites bien rire, au moins !
— À votre service…
— Mais vous n'allez pas partir dans les Pyrénées, un peu ? Moi, avec ces chaleurs, je ne me supporte pas à Toulouse.
— Non, pas dans l'immédiat.
— Ah, c'est pas comme les deux d'en face, tiens. Vous ne les avez pas vu tout à l'heure, ils chargeaient la voiture…
— Non.
— Ceux-là au moins, faire de la route ne les fatigue pas !… Ah, mon Dieu… Dès qu'il fait un peu beau, hop ! ils partent s'enculer à la campagne.
— ……………
21/06/2008Atmosphère
C'est quand même dommage que le mauvais temps ait cessé avant la "Fête de la Musique".
(Pour savoir ce qu'elle m'inspire, cerné par 2 groupes de rockeux même pas intermittents, cliquez sur n'importe quelle page du blog de Pat le Chat.)
Box office
Une histoire d'amour bouleversante
Des personnages qui nous parlent
Une leçon d'humanité
NE MANQUEZ PAS…
CHIEN TENU CHEZ LES BI
D'après une histoire vraie !
19/06/2008Santé !
Joie ! joie ! pleurs de joie !
FEU
TORRENTS DE BABYLONE
Précisons : celui dont je siffle la bouteille très fraîche, c'est un amontillado "muy seco" de chez Domecq, qui répond au nom gentil de Jandilla. C'est une volupté sans nom, comme cette journée portique de l'été.
À la vôtre.
01/05/2008Plus blanc que la blanche hermine
Le saviez-vous ? Le muguet est transgenre.
Il s'est d'abord appelé muguette, par altération de muscade en raison d'une analogie de parfum.
Cela ne nous fera pas oublier que l'essence de muguet, autrement appelée terpinol, est un parfum qui fit palpiter autrefois mainte institutrice, un jour de fête dans le Limousin.
Du parfum est d'ailleurs venu, dès le XVIe siècle, l'emploi de muguet pour désigner un jeune élégant. C'est un peu un mirliflor avant la lettre, mais qu'on ne saurait confondre avec un muscadin.
Reste que le muguet, c'est d'abord des taches blanches sur du vert.
Et justement, notre fidèle Robert a poussé l'investigation avec assez de sérieux pour que nous sussions que depuis le XVIIIe siècle, du muguet, c'est aussi une "inflammation de la muqueuse de la bouche et du pharynx, sous forme d'érosions recouvertes d'un enduit blanchâtre dû à une levure".
Alors, plutôt que d'offrir un banal brin de muguet, pourquoi ne pas opter pour un muguet vaginal qui étonnera tous vos amis ?
Émile Missa jouant sa chanson Muguette pour un copain moustachu (1903)
26/04/2008Cher disparu (3)
GRELUCHON
L'abbé Prévost en donnait la définition suivante dans son Manuel lexique ou dictionnaire portatif des mots français (1755) :
« Nom d'usage moderne, qu'on donne à l'amant secret et favorisé d'une femme qui passe pour en avoir un autre. Entre les femmes d'une conduite libre, qu'on appelle, dans ce siècle, maîtresses entretenues, il entre, dans l'idée de greluchon, d'être favorisé gratis, tandis qu'elles se font payer par un autre. C'est un diminutif du vieux mot grelu, qui a signifié gueux. Ainsi greluchon est un petit gueux. »
Au siècle suivant, on fera dans l'euphémisme et le sentimental en appelant ça un amant de cœur.
C'est d'ailleurs la définition sommaire que donne le Petit Robert pour greluchon, en renvoyant néanmoins à l'entrée Gigolo.
Mais on peut aussi renvoyer à rigolo, car le Trésor de la Langue Française donne une étymologie plus couillue :
« De saint Greluchon (variante : Grelichon) : saint fabuleux du Berry qui guérit la stérilité. Voir le dicton aller au pélerinage à Saint-Greluchon pour avoir des enfants frisés. Le nom de ce saint de fantaisie est issu d'un calembour obscène sur greluchon et grelot (proprement « clochette », d'où « testicules » par anal. de forme).
Cf. ses autres dénominations : saint Génitour, saint Phallien en Berry. »
Politesse
Sur son blog, Harlekin relate ainsi son passage sur un marché de Paris :
« J'ai dit 47 fois "pardon, excusez-moi", personne ne m'a jamais répondu.
Sept vieilles dames m'ont roulé sur les pieds avec leurs charrettes, sans s'excuser.
On a essayé de passer devant moi dans la file au moins 4 fois. »
C'est une des choses que je trouve les plus exaspérantes et les plus tristes quand je viens à Paris, et c'est sans doute une expérience commune, en particulier quand on vient de province. J'ai sans doute le défaut de m'excuser machinalement, quand je me pousse dans le bus pour laisser passer quelqu'un avec des bagages, ou que sais-je. Mais le pompon, c'est quand tu te fais bousculer sans un mot, et que c'est toi qui, toujours machinalement, dit : "pardon".
Au XVIIIe siècle, si ma mémoire est bonne, il était universellement admis que les Français surpassaient les autres nations dans deux domaines : la danse et la politesse. Les pauvres Allemands en faisaient un complexe.
J'y repensais il y a quelques mois, quand attendant mon tour dans la file devant le vestiaire, après une représentation dans un de ces théâtres près de la Seine où abondent les gens "comme il faut", je voyais tous ces spectateurs bien mis resquiller avec impudence et sans même se donner la peine de mettre un peu les formes (car on peut resquiller avec un peu de grâce, il me semble). Et quand perdant patience, j'ai demandé au cinquième citoyen acharné à me doubler par quel privilège il se dispensait d'une politesse élémentaire, il m'a civilement répondu : "Ta gueule".
C'est un cas extrême, sans doute, enfin je l'espère. Reste que cette hâte permanente qui se tourne vite en hargne est assez caractéristique. D'un côté, l'impératif catégorique de la hâte (d'ailleurs, les garçons de café à Paris peuvent être parfaitement désagréables, mais ils vous feront rarement attendre) ; de l'autre, s'entendre adresser la parole semble assez spontanément perçu comme une agression ("kestatoi ?"). Ça me frappe souvent dans le métro. "Pardon, excusez-moi, je descends ici" : vous prononcez ces paroles, et on vous regarde étrangement, comme si vous transgressiez cette loi non écrite qui veut que pour sortir, à la manière du bétail on pousse, on frôle, on s'extrait de ce paquet de corps, mais sans mot dire.
On va me dire que c'est de la caricature provinciale, et que j'exagère en généralisant. Sans doute, et les contre-exemples ne manqueront pas (heureusement !). N'empêche que ce que j'évoque là est toujours une source de malaise pour moi quand je viens à Paris. Je n'entends pas faire de Toulouse le foyer de la civilité (il y a de la marge), mais enfin je trouve un vrai charme à voir fréquemment, dans le métro toulousain, des gens demeurer à quai quand les portes s'ouvrent sur une rame certes remplie de voyageurs, mais où il suffirait de pousser un peu pour se faire une place. Ils attendent bonnement un prochain.

25/04/2008L'amour, c'est bête (1)
Aujourd'hui :
LA VIPÈRE DU TROTTOIR
Paroles de Rodor (oh oui, purée, encor)
Musique de Vincent Scotto (qui était un peu bi)
Depuis longtemps elle l'avait dans la peau,
C'est pourquoi sur le Sébasto
Le long des murs le soir elle rampait
En disant il faut que je l'aie !
Un soir qu'il sortait de l'atelier,
Elle aborda l'ouvrier.
Elle lui dit : « J'voudrais t'aimer.
T'as de belles mirettes, tu m'plais… »
L'ouvrier sourit, et dit : « Je sais
Qu'on t'appelle la vipère du trottoir.
Je sais combien tu fascines avec tes yeux noirs
Oh oui ! je veux vivre désormais près de toi
Pourvu que tu ne sois rien qu'à moi. »
« De tous, c'est toi seul que je préfère maintenant,
Dit-elle, tout en lui mordant les lèvres jusqu'au sang.
C'est toi, oui toi seul, qu'elle aimera follement,
La vipère ! »
Et mordu par le venin du mal,
Il succomba, c'était fatal !
Il quitta l'atelier lâchement,
Ses amis, sa vieille maman.
Dans les bouges maintenant il joue
Avec des filles, des voyous,
Et quand elle vient lui donner
Son argent et son baiser,
Alors elle dit : « Chéri, c'est moi
Qu'on appelle la vipère du trottoir.
Pour toi, je vends mes baisers,
Mon corps, chaque soir.
Tu sais que mon cœur t'appartient tout,
Mon costaud,
Je t'aime car pour moi t'es le plus beau.
Veux-tu que je vole pour te plaire ?
Je le ferai.
Je sens que si tu me le commandes
Je tuerai.
Chéri, elle sera ton esclave désormais,
La vipère ! »
(Ritournelle lancinante à l'accordéon)
V'là huit jours que la vipère a fui…
Et maintenant, toutes les nuits,
Pour la revoir il la cherche partout,
Prêt à lui faire un mauvais coup,
Lorsqu'un soir, il la voit, et soudain
Il lui barre le chemin.
« Tu vas revenir ou sinon... »
Elle lui répondit : « Non. »
Alors tout surpris il dit : « Je sais
Le pouvoir de la vipère du trottoir.
Un autre s'est laissé prendre au miroir
De tes yeux noirs.
Pour toi, il a quitté le travail, les parents,
Demain c'est le bagne qui l'attend. »
Prenant la vipère doucement dans ses bras
Il dit : « Chérie, tu ne recommenceras pas. »
Alors, sans pitié, froidement, il étrangla
La vipère !
C'est dans l'Eugène
À la recherche d'une courte saillie sur le blog de Furt, qui aime les militaires à plumets, de préférence peints, en habit et tout mouillés, je suis tombé sur ce gentil mot latin :
LONGIFLUUS
Le dictionnaire nous apprend qu'il appartient au latin tardif, et l'atteste chez Eugène (saint), évêque de Carthage au IVe siècle.
Je vous mets la photo, prise dans l'église de Vieux, dans le Tarn. Ça fera plaisir à Furt81.
Où l'on apprend qu'Eugène persécuté s'était réfugié dans le Tarnus Horribilis. Farpaitement ! C'est même un des premiers saints dont s'enorgueillit l'auguste département, avec sainte Carissime. Si c'est pas mignon, ça… Carissime…
Ouais bon, j'oubliais l'essentiel : le sens de LONGIFLUUS.
Eh bien, c'est : qui coule longuement
(Oh oui, encore, grouïk)
Mieux vaut ne pas pénétrer les raisons pour lesquelles Eugène a été viré de Carthage…
Une chose est sûre : là où y a Eugène, y a parfois du plaisir.
24/04/2008Bip bip
J'oubliais un détail de ces quelques jours en Touraine.
Comme il pleuvait, nous avons beaucoup regardé la TV. J'ai eu ma ration pour 6 mois, à vue de pays.
Un beau jour, ou peut-être une nuit, le journal sur i-tv.
En bas de l'écran s'affichaient diverses informations, parmi lesquelles :
« DÉCÈS. La famille de Pascal Sevran dément formellement le décès de l'animateur. »
On en a ri pendant une heure.
Le malheur, c'est que j'ai tout oublié des autres informations.
P.S. Une chose m'a frappé quand même.
Je ne sais plus quel héraut de l'UMP parlait dans le poste. Il avait les mêmes intonations et le même débit que le président Sarkozy, qu'on venait de voir grimaçant et ânonnant dans l'éloge convenu d'Aimé Césaire. Furt opposait récemment le style de Mitterrand à celui de Sarkozy. Mais ce n'est même pas une question de style. On a changé de culture, pour ne pas dire de monde. Mitterrand avait une culture littéraire à l'ancienne, qui incluait le sens oratoire, et qui servait à merveille ses aspirations régaliennes. Déjà, à côté de lui, Chirac donnait l'impression d'une rhétorique de comices agricoles réduite à la moulinette. Mais il me semble désormais que s'est imposée une sorte d'élocution passe-partout, degré zéro de la communication, qui peut aller non seulement jusqu'à une syntaxe rachitique, et mais encore jusqu'à un morcellement permanent de la parole, où on fait une pause tous les 3 ou 4 mots, sur un ton sans relief ni arêtes qui contribue à dissoudre l'idée dynamique de la phrase, c'est-à-dire aussi la teneur de la pensée. C'est valable pour une Royal comme pour un Sarkozy, d'ailleurs. On ne discourt pas avec un minimum de capacité pneumatique, on envoie des signaux. Et ce n'est que du bruit que tout ce qu'on écoute. Tous pareils, ou peu s'en faut.
Ne parlons même pas de l'éloge funèbre de Lazare Ponticelli par Max Gallo, le mois dernier aux Invalides. C'est bien la peine d'aller chercher quelqu'un dans cette Académie chargée à l'origine de fixer la langue convenable à la parole souveraine… Car qu'entendait-on, sinon de pauvres phrases au style rogné, pauvrement débitées sur un ton de surveillant général, sans vibration, grises, courtes et flasques ? On ne va pas ressortir l'oraison funèbre de Jean Moulin par Malraux, mais quand même, à quoi bon cette pompe funèbre de la nation, si la parole officielle n'atteint même pas à un minimum de dignité ? D'ailleurs, on avait confié à quelques enfants de prononcer quelques niaiseries correctes.
23/04/2008Minute mélodramatique
UNE VOIX (au-dehors). Gennaro !
GENNARO. Qui m'appelle ?
LA VOIX. Mon frère Gennaro !
GENNARO. C'est Maffio !
LA VOIX. Gennaro ! Je meurs ! Venge-moi !
GENNARO (relevant le couteau). C'est dit, je n'écoute plus rien. Vous l'entendez, madame, il faut mourir.
LUCREZIA (se débattant et lui retenant le bras). Grâce ! grâce ! Encore un mot !
GENNARO. Non !
LUCREZIA. Pardon ! Écoute-moi !
GENNARO. Non !
LUCREZIA. Au nom du Ciel !
GENNARO. Non !
Il la frappe.
LUCREZIA. Ah !… tu m'as tuée ! — Gennaro ! je suis ta mère !
Rideau.

Amboise-Toulouse, via Limoges
C'est joli, la Touraine au printemps, mais c'est quand même mieux quand il fait moins frais et que la pluie s'arrête. Les lilas commencent à peine à éclore, et j'ai l'impression qu'ils sont bien moins avancés que dans le Sud-Ouest. Rien que de très ordinaire, dans le fond.
Les villages de Touraine entre Amboise et Loches sont d'un charme inversement proportionnel à celui de la population mâle de la région, telle qu'elle s'est offerte à ma vue pendant ces quelques jours. Rayonnement érotique proche de celui de l'endive. Vraiment rien qui dépasse, rien qui sorte de la fadeur. Pareil pour le français qu'on y parle. La douceur angevine, ouais, mais comme on parle des asperges alors.
Entre Loches et Châteauroux, où je récupère la belle autoroute gratuite, la route me paraît toujours fastidieuse, mais permet d'intéressantes comparaisons entre les cimetières, et fait apparaître des constantes dans les rues traversées : troquet-restaurant désaffecté, vieilles petites maisons en pierre blanche, maison de maître début de siècle avec un grand jardin, villa "moderne" et un peu prétentieuse qui sent ses années 60. Celle aperçue à la sortie de Châtillon-sur-Indre me fait penser à Mon oncle de Tati, alors qu'objectivement la ressemblance est douteuse.
À Villedieu-sur-Indre, je retrouve les ruines monumentales du château effondré et couvert de végétation, au bord de l'eau et en plein milieu de la petite ville, comme une anomalie qui renvoie l'environnement à l'insignifiance. À la sortie de la ville, après le golf, près du château d'eau bleu, toujours cette aire de repos rabougrie où un WC vintage, minuscule, et qui mériterait presque le nom suranné de "châlet d'aisance", semble fixer des fidèles indéfectibles, à toute heure de la journée.
Sur l'autoroute vers Limoges, peu de circulation, comme souvent. L'air est brouillé, le ciel est étrangement nébuleux ; il est près de cinq heures et demie, la lumière du printemps reste perceptible, prometteuse, malgré ces nuées. Les noms habituels apparaissent sur les panneaux : Brenne, Bouzanne, Gartempe. Bientôt, on entre en Limousin. Le regard porte loin et embrasse un paysage admirable. Je trouve la campagne du Limousin parfaitement érotique, je ne saurais pas dire exactement pourquoi. L'herbe est d'un vert plus couillu, les formes sont affirmées, les arbres semblent plus denses et prennent volontiers une allure vaguement inquiétante, comme en montagne. Un motel désaffecté, en ruine, au nord de Limoges, semble assiégé par des sapins énormes.
Entre Limoges et Brive, une aire de repos qui répond au nom de "Puy de Grâce" m'engage à faire une halte. Les pissotières sont en alu high tech, sans séparation. En fait, elles ressemblent à une mangeoire : il faut pisser par-dessus le rebord, j'ai l'impression que ça demande un peu de technique.
L'endroit au demeurant est bucolique, et l'afflux de poids lourds qui semblent assoupis n'en trouble pas la quiétude équivoque. Je mange des biscuits. Je fume. La nuit est tombée maintenant. Quelques mouvements furtifs dans la partie en contrebas. Un oiseau chante avec parcimonie, mais avec entêtement.
Trajet d'un trait jusqu'à Montauban. Vers Cahors, je ne capte que Sud Radio ou Inforoute. Je me tape ainsi Julie Piétri : "Ève, lève-toi, et danse avec la vie". C'était l'époque où j'étais accro au Top50. Je suis accablé de voir que je connais quasiment toutes les paroles de cette chanson par cœur. "Femme future, sur tes trésors…". Heureusement qu'il n'y a pas l'image, parce que je souviens très bien du clip aussi, redoutable. Je me rappelle que ma cousine déconnait en parodiant cette chanson à tue-tête : "Éve, lève toi, ouvre bien ton méat". C'était avant qu'elle enchaîne les séjours en clinique psychiatrique. Comment tant de vitalité, de jovialité, a-t-il pu se casser si brusquement, comme un de ces cure-dents qu'elle s'ingéniait à rompre en deux tout en parlant ?
En descendant vers Montauban, on entrevoit la lune derrière des bandes de nuages sombres, et quand je rejoins l'autoroute vers Toulouse, le ciel est parfaitement dégagé, pur. On a passé la pleine lune, visiblement. Je m'arrête pour pisser sur l'aire de Naudy déserte. Elle descend en pente vers quelques arbres. Au-delà de la clôture, la campagne, des champs, quelques maisons isolées, dont une mitoyenne derrière un bosquet. Il est bientôt deux heures. Il fait frisquet. Deux oiseaux chantent et se répondent, l'un tout près, l'autre sans doute depuis les arbres de la maison plus loin. Je me demande quels oiseaux ça peut être. Des rossignols ? Il faudra que je suggère au Professeur Furt de composer une fable intitulée "La pissotière et les deux rossignols".
Quand j'arrive enfin devant chez moi, un mec complètement bourré est en train de pisser contre la porte de l'immeuble.
Mince alors !
Arno Rehzwick
(Breslau 1897- Augsburg 1959)
le chantre de la maigritude

Tête kikooronnée
Guillaume d'Orange n'a jamais perdu les pédales.
Sous vos applaudissements.

Et pour en savoir plus :
http://www.mba-lyon.fr/mba/sections/fr/collections-musee/peintures/oeuvres-peintures/xviie_siecle/guirlande_de_fleurs
15/04/2008L'oubli
« Jamais si doucement au ciel noir n'avaient lui
Les mille roses d'or d'où tombent les rosées !
Une danse effrayante, et les feuilles froissées,
Et qui rendaient un son métallique, valsaient,
Semblaient gémir sous les étoiles, et disaient
L'inexprimable horreur des amours trépassées.
Les grands hêtres d'argent que la lune baisait
Etaient des spectres : moi, tout mon sang se glaçait
En voyant mon aimée étrangement sourire.
Comme des fronts de morts nos fronts avaient pâli,
Et, muet, me penchant vers elle, je pus lire
Ce mot fatal écrit dans ses grands yeux : l'oubli. »
(M. Bouchor)
*
« Oh moi, vous savez, quand j'allume la télé, c'est vraiment pour me vider la tête, pour oublier tous les petits soucis. Ma fille, pareil, mais elle préfère la littérature. Elle lit des romans, ça permet de s'évader, d'oublier les problèmes qu'on a. »
(Une dame)
*
« On n'oublie rien de rien,
On n'oublie rien du tout,
On n'oublie rien de rien,
On s'habitue, c'est tout. »
(Une autre dame)
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